Des ponts des vagues – 42 x 59,4 cm – tirage traceur Epson 189g – imprimerie Ramette Michèle Gottstein – 12 exemplaires
Cette image est la huitième de la série Je ne sais pas quelle heure il est, une œuvre composée de 15 textes-images, présentée pour la première fois en novembre 2024 à la Galerie RJ en novembre 2024.
Les images et les textes sont interdépendant-es. Toutefois, il est possible de regarder les images séparément du texte, de lire les textes sans les images. Si cette œuvre est un ensemble, elle existera aussi en se dispersant.
une version audio des textes lus par Émilie Rougier est mis en ligne ici : https://aurelieguerinet.bandcamp.com/album/je-ne-sais-pas-quelle-heure-il-est
des ponts des vagues
Le grand panneau clignote 11h11
Tu glisses sur les rambardes de la ville,
tu glisses sur les capots,
la tole te propulse et
tu glisses sur les stores doux et souples,
tu glisses sur les toboggans en plastique et
en béton
tu glisses sur les ponts
tu glisses sur les vagues
pour toujours il y en a
tu apprendras le surf,
tout s’enchaîne pour
toujours pas de bas des marches
des yeux dans les cheveux
le vent dans les fronts
des mentons qui te suivent
un ballon dévale la ville
regardez-le
il rebondit sur une poubelle
un talon dévie sa trajectoire
le ballon tape sur une table et atterit dans les bras d’un enfant
ça ferait une belle pub pour une assurance
vie tous risques
kilomètre zéro
le ballon rebondit sur un lampadaire
but manqué
des enfants jouent et
tirent, le ballon casse une vitre
une vitrine,
passe devant une voiture qui pile,
accident
alors l’assurance arrive
met la voiture dans la civière
jette une poudre qui devient une vitrine toute neuve
et l’assurance prend les gens par les épaules et sourit face caméra
le ballon continue sa course et tout le monde l’oublie
il atterrit sur un toit et finit coincé dans la gouttière
il atterrit sous un trottoir et se dégonfle
il atterrit dans l’eau et flotte
un gros poisson le gobe comme une
mouche à la surface
au milieu du champ le ballon mou ressemble à
une vesse de loup
tu tapes dedans avec ton pied et de la poussière s’échappe
revenez les rebonds
le poisson recrache
le ballon coule
revenez
qui va chercher le ballon ?
où est la divertion ?
où est le visage ?
on l’abandonne ?
le visage est dans tous les visages
alors tu attends
il n’a pas son propre endroit
pour l’instant
tu marches
tu rebondis avec tes pieds
le sol le sol le sol
tu lèves haut et loin tes bras devant et derrière toi
le vent au-dessus de tes genoux
l’écume au bout de tes doigts
tu baisses ta tête et la remontes
tes cheveux se dressent sur ton crâne
avec l’électricité statique
de loin tu ressembles à
une étoile de mer verticale
une feuille de marronnier
tu choisis ta direction
ou le vent choisit
attention !
là
il y a un gros trou
un puits ?
la terre fait des lignes droites
vers le bas
tu penses à la boîte à billets dans les supermarchés
celle qui est envoyé dans des tuyaux
près des caisses
(éviter de traverser tout le magasin avec du cash)
tu pourrais te mettre dans une boîte similaire
bien fermer la porte de la capsule
une main la mettrait dans le tunnel
celui à tes pieds
et tu partirais loin
un volcan quelque part
de la glace partout
ou une réserve de banque
rangée bien à plat entre deux billets de cent euros
tu te sédimenterais en argent
deux cent euros par exemple
oui c’est tout, désolée
et tu volerais
un visage serait imprimé sur toi
et tu ne l’oublierais pas
tu pourrais
faire ça,
un tatouage sur toi
du visage
encore faut-il savoir à quoi il ressemble
et de quel visage on parle
et oui, on ne sait pas
Aaaaaahhhh ! Misère
parbleu et damnation !
visages de tous les pays
unissez-vous
et créez-le, ce visage
celui attendu, celui espéré
deux joues les yeux un nez
au bas des marches