Delphine Boeschlin

Delphine Boeschlin est née à Strasbourg et allait dans les Vosges le weekend. Elle collait de la mousse sur ses ongles pour camoufler ses mains, et cueillait ainsi des cailloux discrètement, sans effrayer la montagne. Elle a très vite géré de nombreuses collections. Arbres, cailloux, feuilles… : elle plongeait son regard dans ces éléments familiers et inconnus à la fois, recherchant un nouveau détail. Celui-ci deviendrait ensuite une nouvelle parure pour ses images. Delphine Boeschlin est aujourd’hui graphiste. Sur les hauteurs du Havre elle nage encore et toujours dans des tas de collection, elle boit la tasse, navigue dans le monde des signes qu’elle
apprivoise avec des classements. Reine des associations d’idées, son
classement personnel obéit à des liens affectifs et poétiques qui la
rendent seule maîtresse de son disque dur. Cette massive collection
picturale est comme un herbier de signes, elle lui permet aujourd’hui
d’associer avec précision des éléments graphiques a priori lointains. Du marbre ressemble à la Terre vue de la Lune qui ressemble à un camaïeu de gris. Tel Batia Suter, elle construit sa Parallel encyclopedia. Avec son complice J. Gobled et leur Atelier Kiosque, elle fait partie de
cette brêche de graphistes radicaux qui gratent le globe jusqu’au noyau : ils réalisent des carottages en profondeur de la croûte terrestre et vont toucher l’essence du signe, souvent abstraite. Elle dit que c’est sûrement sur les crêtes qu’elle a appris à regarder. Vers le coeur ou vers les sommets, le regard de Delphine Boeschlin est en tout cas loin de la surface et ne nous ménage pas. Pour fêter l’expérimentation heureuse et sans borne, elle organise, avec l’association Papier Machine, la Kermesse graphique. Chaque année au Havre, c’est l’occasion de montrer des possibles et d’ouvrir une multitude de choix, les crayons feutres se transforment en voitures ou en quille ! Si ! C’est une journée bien remplie. Le soir, près du saule pleureur-qui-dessine, avec ses crayons noués au bouts de ses branches, Delphine Boeschlin regarde au loin les containers du port qui s’empilent. Elle pense à toutes les images qu’elle a vu aujourd’hui. Elle écoute Bella Ciao de Dog Faced Hermans pour espérer en voir d’aussi joyeuses demain !


Ecouter Bella Ciao de Dog Faced Hermans
Image de Delphine Boeschlin.
Portrait publié dans le Buzz Pack 45 en mai 2017 (Caen)
Ecouter le portrait lu, un montage sonore de Louise Ganot