Aurélie Guérinet

Diplômée des Beaux-arts de Lorient, Aurélie Guérinet développe un travail d’écriture où les images, les signes graphiques et les mots procèdent ensemble. Par le biais du livre d’artiste et de l’image éditée en multiple, elle expérimente des formes d’écriture poétique visuelles et sonores. Ses recherches sont autant de réappropriation du langage et tendent à rendre visibles les activités vernaculaires et les évènements qui passent inaperçus.
Elle transmet sa soif de collectionner des images, des mots, des histoires, des
souvenirs, lors d’ateliers en collège, en détention, et elle compose des récits,
témoigne, transmet des messages d’empouvoirement en collant des affiches dans la rue ou lors d’exposition.
Elle travaille seule autant qu’en groupe. Elle s’arme du pessimisme de
l’intelligence et de l’optimisme de la volonté, ainsi que de ses casquettes de féministe, de designeuse graphique, d’écrivaine et de dessinatrice.
Elle souhaite modestement que son travail permettent aux gens de se réapproprier leur propre histoire pour avoir la disponibilité et l’envie d’imaginer un monde meilleur.
Elle est à la croisée des chemins de Valérie Mréjen, Till Roeskens et Agnès Varda.
Ses œuvres, ancrées dans le réel, vivantes, donnent à la marge, à l’intimité, une voix off qui fait écho à nos monologues, nos doutes, nos certitudes sur nos doutes.

la survivance des lucioles

Exposition FLAC#3 Rouen 2020

tirage jet d’encre 40×60 cm sur papier 150g couché demi-mat en 6 exemplaires par le Hall/Civette Rouen

La survivance des lucioles fait écho à un livre de Didi-Huberman qui porte ce titre. L’auteur rebondit sur une réflexion de Pasolini qui, à la fin des années 70, déplore la disparition des lucioles sur les collines aux alentours de Rome. Les lucioles sont autant les vrais insectes que les poètes et poétesses, et plus largement les artistes, ébloui.es et abattu.es par le capitalisme néo-libéral grandissant. Didi-Huberman raconte dans La survivance des lucioles, au début des années 2000, éditions de Minuit, comment les lucioles toujours vivent et toujours survivent, comment et pourquoi. Ce livre m’a marqué et beaucoup plu. J’aime les livres porteurs d’espoir, j’aime les livres optimistes qui donnent de l’énergie. Je fais parfois des images juste pour cela : parler d’un livre que j’ai bien aimé et m’en souvenir.

pluie torrentielle

poème publié en décembre 2020 par Le collectif Chôse sur leur site Radio O

Les spécimens sonores présentés dans 3’30 prennent la forme de récits, poèmes, fictions, improvisations, chansons, documents, collages et compositions. Ils ont la particularité de durer approximativement 3 minutes et 30 secondes, un format radiophonique hérité des contraintes des premiers vinyles. Benoît Toqué et Mélanie Yvon, membres du collectif Chôse, sélectionnent à chaque fois 4 pièces afin de mettre en relief ces formes hétéroclites.

eat me sun, eat me

toner – tonnerre

Exposition et vente d’images, du 23 juin au 1er juillet 2017, à la galerie Vent d’Images à Caen et production d’images sur place en risographie.

Projet collectif avec Ludivine Mabire, Antoine Giard, Alexis Debeuf et Olivier Bourguignon.

crédit photographies : Antoine Giard, Ludivine Mabire et Olivier Lagnel

Caroline Laguerre

Caroline Laguerre a fait ses études au Havre à l’Esadhar, et a beaucoup aimé se balader dans les rues de l’architecte Perret. Elle allait zoner au Volcan très souvent et aimait les colonies de mouettes indomptables. Avec la monnaie locale, le grain, elle achetait ses tomates et ses crayons. Et l’été, sur un coup de tête elle pouvait se rafraîchir les pieds dans la mer en sirotant une citronnade. C’est presque la Sicile on dirait mais en fait non. Elle a quand même inventé une religion pour son diplôme de cinquième année, et elle est partie vivre à Paris. Elle est artiste dessinatrice, elle travaille avec : des caddies, des cotillons et des t-shirts Baguépi. Elle façonne dans le quotidien des scènes comiques et grotesques avec habileté. Dans sa série A drawing a day, canalisée par ses inséparables jaune, bleu et rouge, on repère des logos de marques has been qui reviennent à la mode. Le short Fila qu’on avait pour le basket ou le pull Fruit of the Loom à capuche bleu, oui celui-là, possède, rien que par leur évocation, une tendre charge émotionnelle chez les natifs des années 80. Les dessiner, de manière brouillonne pour en faire des contrefaçons, c’est se réapproprier des signes avec lesquels on a beaucoup cohabité et qui sont partis dans les limbes du passé. C’est aussi désarmorcer toute dramaturgie : à l’arrière-plan, quelqu’un s’apprête à éteindre la lumière de la fête… on le voit à peine… c’est discret… et au premier plan, bim, le slip Sloggi nous balance sa dose de vanité de la vie. Boucle endiablée du tragique et du comique ! Sans compter que ce détail porté aux nues rivalise avec la célèbre feuille de vigne pudique. Caroline Laguerre crée des scènes absurdes et drôles, elle est celle qui enlève la languette sous le tableau de chasse au renard pour la pub Flamby, et qui part sur son vélo, suivie par le renard et le chien, son chat dans sa capuche, Veridis Quo de Daft Punk dans les oreilles.


Ecouter Veridis Quo de Daft Punk
Image de Caroline Laguerre
 Portrait publié dans le Buzz Pack 43 en mars 2017 (Caen)
Ecouter le portrait lu, un montage sonore de Louise Ganot

Thibaut Roques

Thibaut Roques habite Toulouse puis Caen, alternativement. Il est jeune et tout juste diplomé de l’Esam. Il aime les pigeons mignons qui habitent les jeux vidéos : ceux-là même qui s’envolent de la rembarde du circuit automobile. Ceux-là même qui un jour lui ont donné envie, au-delà de ce virage, d’aller explorer le jeu, comme on explore une montagne. Le virtuel a tout du réel tant qu’on peut s’y perdre et s’y promener. Dans cette zone hors-champ, hors du temps, Thibaut Roques travaille. Il y construit des espaces dans lesquels il fait bon se promener, traîner. Espaces oubliés, espaces non peuplés : petite île, petite oasis, petite cabane. S’abriter pour mieux fuir et s’abandonner, ou s’abriter pour mieux se projeter et construire : telle est la question. Ca dépend des moments, dit-il. Un bon refuge accueille tout ça à la fois. Dans des grands carnets, plus grands qu’un grand sac-à-dos, Thibaut note régulièrement des choses qu’il voit, il dessine, il observe. Il photographie aussi. Il diffuse ses dessins sur papier, dans des éditions à petits tirages, très belles, sur écran… Certains de ses dessins sont tatoués et se baladent tous seuls. En ce moment, il attend les beaux jours. Il a hâte de reprendre son vélo pour s’aventurer vers l’inconnu et au-delà. Balade du soir, un peu avant que le soleil se couche. C’est son moment préféré de la journée, le basculement vers la nuit. Il file à toute allure. Sous un réverbère le long de la voie verte, près de la rivière, il s’arrête. Les grenouilles hibernent à point fermés et il allume Princess Nokia dans ses oreilles, le morceau Kitana. Il a des grosses moufles qui l’empêchent de dessiner. Mais il souffle un petit nuage de fumée et vise le panier de basket qui est juste à côte de la table de picnic. Il imagine deux-trois petites choses à ajouter, un cône de glace qui s’est scrouté par terre, un ballon, un petit sandwich parce qu’il a faim. Et puis il repart, il ne faut pas prendre froid. Il a une chaude violence dans les oreilles.


Ecouter Kitana de Princess Nokia
Travail de Thibaut Roques
Portrait publié dans le Buzz Pack 42 en février 2017 (Caen)
Ecouter le portrait lu, un montage sonore de Louise Ganot

Rémi Blanes

Rémi Blanes est né à Montpellier avec les lunettes de Groucho Marx sur le nez. Depuis, il les a cassées mille fois et réparées mille fois, elles sont rutilantes de scotch et il habite à Toulouse. Il est un peu sans flouze et sans fuite devant la mission fort honorable qui lui incombe : regarder chaque signe graphique qui lui tombe sous les yeux comme s’il le regardait pour la toute-toute première fois. Pour ensuite l’archiver quelque part. C’est une grande histoire d’amour qu’il poursuit chaque jour avec une fougue intacte : c’est un chevalier dévoué aux arts et aux lettres qui le mènent par le bout du nez. Parce que, concrètement, cette mission n’est pas de tout repos. Un matin, par exemple, il se lève et il a envie d’aller chercher du pain. Bon. Il se lève. Les signes graphiques qui l’entourent sont ceux de sa propre chambre, il les salue et les honore comme au premier jour, il a hâte d’aller en découvrir de nouveaux. On le retrouve dehors, un quart d’heure plus tard : il regarde une péniche qui s’appelle “péniche”. Cette tautologie le laisse pantois, il repense aux boîtes de sucre, celles avec écrit “sugar” dessus. Il tombe sur un copain et lui parle de ce souci : “ah si j’avais une péniche il faudrait que je l’appelle vélo”, dit-il avec un sourire. Il continue sa route, tombe sur ce panneau de chantier “piétons, passez en force”. Il le prend en photo. Il pense au blog Graphitivre comme à une consécration de bien des artistes anonymes, il se dit que là il en tient un bon. Cette photo sera ensuite diffusée, ou pas, peut-être sur Facebook : c’est pratique pour la diffusion et l’archivage, ça dialogue, ça cause, dans les commentaires. Reconnaître Cadere dans un balai rayé et Morris dans une boîte d’allumettes Aldi : l’érudition n’a pas de limite. Sons et signes graphiques se touchent quelque part mais il ne sait pas encore où, c’est pour ça qu’il continue. Il joue dans des groupes comme Veluxed, Petite Proie et Youssef Panda. Et là il retourne chercher du pain parce qu’en fait il a oublié et il se met Big Man de Plus Instruments dans les oreilles. On se demande s’il n’a pas choisi ce morceau pour le bel ensemble nominal qu’il nous propose.


Ecouter Big Man de Plus Instruments
Image issue de la collection de Rémi Blanes
Portrait publié dans le Buzz Pack 41 en janvier 2017 (Caen)
Ecouter le portrait lu, un montage sonore de Louise Ganot

Salomé Pia

Salomé Pia est dessinatrice et habite à Caen. Avec sa fusée Rotring.20, elle décolle quotidiennement de l’atelier 102 pour partir en orbite autour d’un détail anatomique. Elle traverse bien vite l’atmosphère et passe près d’une paire de sourcils négligées par l’univers : 4000 traits-lumière plus tard, elle dispose d’un spécimen qu’elle montrera en lieu sûr. En apesanteur parmi sa sauvage et foisonnante collection d’images, elle en oublie mieux son propre corps, plonge dans des corps autres et en compose de nouveaux, avec son crayon-interprète. Elle n’a pas peur que ce soit dégueu ou visqueux, son regard se jette avec appétit sur tous les fragments qu’elle saisit. Elle dévore le moindre pore avec son crayon, la morfale ! Elle happe des formes graves et des sourires qui dérangent, elle piège le regardeur pour montrer une forme silencieuse de trivialité, tiens, des viscères oubliées sur le bord de l’évier. Le corps animal, cannibale, même pas mal. Des petits drames discrets, comme des doses thérapeutiques de poison, pour ne pas se laisser submerger, au grand jamais, mais oui, mais non, par des choses qui nous submergent comme la m_ _ _. Il est si bien bon délicieux glace vanille d’ignorer que l’on est charnel, mortel, oh god, réel !
En orbite depuis des millénaires autour de ses oreilles à elle, cartilages parfois ornés de bijoux, on entend Lullaby of Birdland, d’Ella Fitzgerald. Elle connaît trop ce morceau dit-elle mais elle aime le réécouter pour vérifier qu’elle s’en souvient encore. Elle ajoute qu’elle aime se filer le bourdon avec des morceaux plombants et qu’elle flingue facilement l’ambiance d’une soirée, autant dire qu’on lui laisse rarement les commandes.
Elle voit bien le cadavre du goéland, là sur la plage, au milieu des enfants qui piaillent. Mais elle ne va pas le ramasser. Elle se dit qu’il faut être raisonnable, parfois.


Ecouter Lullaby of Birdland, d’Ella Fitzgerald
Dessin de Salomé Pia
Portrait publié dans le Buzz Pack 40 en octobre 2016 (Caen)
Ecouter le portrait lu, un montage sonore de Louise Ganot

Roca Balboa

Roca Balboa habite et arpente Paris-réel, Paris-télé, de son regard qui clignote rose – vert menthe – jaune : son tiercé gagnant. Elle est dessinatrice existentielle pop extraterrestre, trash banane. C’est-à-dire qu’une tortue avec un bandana et un immense sourire peut se retrouver sur sa feuille de papier avec un Popples qui égorge un nuage décontracté. Elle ne serait pas contre avoir un jour sa propre série sur la chaîne de dessins animés (trop adultes pour les enfants) Adult Swim, aux côtés de son cher Super Jail. On la retrouve sur divers formats de papiers imprimés (revues, affiches, pochettes…), on la trouve aussi sur Retard Magazine, elle est un des noyaux durs de l’équipe. Elle y illustre des articles, et s’avère être la bricole-girl des soirées et évènements dudit magazine web. Dans Retard, on peut lire aussi bien des articles sur les boobs que sur le métier d’accompagnateur social de demandeurs d’asile, sous une forme de journalisme littéraire assez salé. Bien sûr qu’elle se sent proche des luttes féministes, il y a encore beaucoup à faire, dit-elle, en versant de la lessive dans une fontaine. De la mousse se forme frénétiquement. S’il y a un monstre dans la Seine il se nourrit de caddies, et savez-vous qu’elle tatoue aussi ? Elle tatoue des dessins qu’elle ne dessinera qu’une fois, sur des peaux de gens qu’elle ne verra peut-être qu’une fois. Moments bizarres plutôt que magiques. La magie, elle la réserve pour ses projets personnels de tiroirs, ceux pas loin des bondieuseries et autres objets effectivement affectifs. La mousse déborde sur le trottoir, les bulles éclatent et Enjoy the silence de Depeche Mode se fait entendre dans les hauts-parleurs. Devient soyeux le plus belliqueux des regards que Roca Balboa croise et attrape avec son crayon à papier jaune (celui avec un gros smiley et une gomme en forme de coeur). #ouimonpetitchat


Ecouter Enjoy the silence de Depeche Mode
Dessin de Roca Balboa
Portrait publié dans le Buzz Pack 39 en octobre 2016 (Caen)
Ecouter le portrait lu, un montage sonore de Louise Ganot

Gregaldur

Gregaldur existe depuis 2004 et c’est le nom martial d’un musicien pop Lo-Fi hybride qui règne sur les routes depuis plus de dix ans avec une horde d’instruments. Dans une limousine en carton, il sillonne les salles de concerts, et laisse des souvenirs en béton. Gregaldur joue parfois avec des amis, aujourd’hui Ah-ha, son groupe de rock suédois, ou Plutominium ancien Schkroot lala. Il mange des glaces comme tout le monde et aime faire du vélo. Il connaît Cherbourg et ses alentours pour y avoir grandi, il a grandi ensuite dans d’autres villes et là il grandit à Rennes, avec son chat Popol. Il y pose sa valise et lâche ses instruments au pré, et lui, traîne avec un café et dessine. C’est au calme que Gregaldur charbonne. Procrastination intelligente, activité désintéressée, mirifiques bonnes idées, ses dessins devisent sur le fétichisme Bontempi, sur la scénographie de l’Ubu, la bienséance des lolcats. Retours du voyageur sur ses voyages en terres orchestrales, pensées serrées au feutre fébrile à la sincérité éclatante, diffusées ensuite sur le réseau social, histoire de voir la réaction des copains. Cette pratique plus souterraine mérite l’impression sur papier, la diffusion dans le monde entier. Dans le doux sillage de Daniel Johnston, musique et dessins sont les chips du quotidien. En cette fin de journée, son lecteur cassette Ficher Price sous le bras, Gregaldur s’en va écouter Leaf House d’Animal Collective. Il s’assied sur un banc et écrase entre ses doigts, comme des moustiques, les hélicoptères qui envahissent l’air mutin des villes et des campagnes. En ce moment, Gregaldur joue dans “Rester Vertical” un film d’Alain Guiraudie. Oui, enfin au cinéma !


Ecouter Leaf House d’Animal Collective.
Travail de Gregaldur
Portrait publié dans le Buzz Pack 38 en septembre 2016 (Caen)

Laura Ancona

Laura Ancona est née à Paris et a étudié aux Arts Déco de Strasbourg. Aujourd’hui de retour à la capitale, elle est dessinatrice-exploratrice. Dessinatrice parce qu’elle écrit avec des signes graphiques, des motifs, et ce quasiment tous les jours. Exploratrice parce qu’elle leur trouve sans cesse de nouveaux espaces jusqu’alors inconnus dans lesquels ils peuvent s’implanter. De nombreux personnages et animaux viennent régulièrement peupler ses images et explorent à leur tour le petit domaine de possibles qu’elle leur a construit. Si Laura pouvait voyager tout le temps ce serait en bateau, et elle serait sur le pont pour se prendre le plus d’air possible dans la face. Si elle pouvait voyager dans le temps, elle irait rendre visite à Henri Matisse dans sa maison à Ajaccio, elle lui apporterait un excellent gâteau et ils le mangeraient tous les deux en regardant par la fenêtre ! Le vantail ouvert, elle en profiterait pour aller dans son jardin. Elle y ferait un grand bouquet de fleurs, il lui dirait emporte-les avec toi. Elle partirait alors vers les grandes falaises, en sniffant ses fleurs pétaleuses. A grands pas elle arriverait déjà sur la plage, elle marcherait sur un coquillage, puis le ramasserait. C’est peut-être à ce moment-là qu’elle écrivit dans son carnet qu’un coquillage est aussi incroyablement bien fait qu’une oreille. Approchant le coquillage blanc à son oreille, elle entendit I am the Walrus des Beatles. Elle prit une grande inspiration, rit et pleura et depuis, ce morceau l’accompagne, qu’il vente ou qu’il pleuve.


Ecouter I am the Walrus des Beatles
Dessin de Laura Ancona
Portrait publié dans le Buzz Pack 37 en juin 2016 (Caen)